mardi 13 novembre 2012

Françoise Hardy "L'Amour fou"

Un retour artistique majestueux bercé par un thème que Françoise Hardy affectionne particulièrement depuis ses débuts, celui de l’amour impossible, l’amour aussi passionné qu’autodestructeur, celui qui fait perdre la raison.

Le chant de toute une vie. Son hymne personnel à un amour déraisonné, où le bonheur et la douleur sont intimement mêlés. Encore et toujours, Françoise Hardy nous chante la même histoire. La sienne, sans doute, qui habite ses textes depuis son tout premier disque, sorti il y a cinquante ans, quasiment jour pour jour... 

Sur la petite ritournelle de Tous les garçons et 
les filles, une débutante de 18 ans demandait alors, curieusement grave en pleine euphorie yé-yé : « connaîtrai-je bientôt ce qu'est l'amour ? »... Depuis, elle l'a connu. Découvrant qu'il n'était pas, pour elle, empli de la sérénité rêvée.
C'est donc cela qu'elle nous dit ici, sans jamais s'en plaindre ni le regretter. Et là réside la puissance de son disque, point d'orgue — et, qui sait, point final ? — à cinq décennies d'une parfaite cohérence artistique. Ses dix nouvelles chansons portent le sceau de l'essentiel. Françoise Hardy s'y livre, sans faux-semblants ni concessions, quitte à effrayer de prime abord. Par sa mélancolie, ses accents tragiques, sa langueur et sa lenteur, l'album peut inquiéter, ne laissant entendre à l'auditeur de passage que sa noirceur. Disque solennel donc, plus classique que pop, avec son piano lancinant et ses cascades de cordes... A vrai dire, on aurait parfois aimé des arrangements plus modernes ou un tempo plus vivifiant. Mais dès qu'on y revient, qu'on y prête vraiment attention, L'Amour fou impose son rythme. A en devenir ensorcelant. D'abord, parce que dans ses ombres percent mille lumières vives ou tamisées qui donnent à la complexité du sentiment amoureux un infini relief. Ensuite, parce que si on ose l'écouter en face, ce sont aussi nos propres émois et nos propres échecs qu'on y entendra. (Télérama, 12 novembre 2012)
En 13 chansons, Françoise Hardy fait le bilan de toute une vie et tire sa révérence, une fois encore, en toute élégance...

Roger Marie, sublime aquarelliste et peintre remarquable.

Nous avons eu la joie de présenter une rétrospective des peintures de Roger Marie dont certaines avaient été exposées au Festival Ancres et Encres 2011. 
Nous avions été émerveillés par ces tableaux représentant St Vaast, La Hougue, Tatihou, les quais et les travailleurs de la mer, "figures" qu'il nous semble croiser encore en flânant sur les quais. 
Roger Marie est un peintre de « chez nous », qui fut professeur d’arts plastiques au lycée de Valognes. Il côtoya Marin Marie et bien d’autres peintres de la Marine. Il fut exposé au Musée de la Marine à Paris en 1963, et outre quantité d’autres expositions régionales, en fit une ultime à St Vaast en 1992. Nous voulions lui rendre hommage, et grâce à Antoinette, sa fille, notre souhait a vu le jour. 
Une affiche magnifique a été réalisée et se trouve encore en vente à la médiathèque. Cette exposition s'est tenue à la médiathèque du 31 juillet au 29 août. Elle eut un énorme succès et les splendides reproductions réalisées par Laurent Legendre ont été vendues en quantité.

Les oeuvres de Roger Marie exposées à la médiathèque de Saint-Vaast-la-Hougue
Connu pour ses aquarelles marine, le peintre Roger Marie, décédé en 2007 à Valognes, a laissé derrière lui de nombreuses oeuvres. Conservées par sa fille, Antoinette Marie, elles sont exposées à la médiathèque jusqu'au 29 août. «Mon père était professeur de dessin au lycée de Valognes et parallèlement peintre amateur. Il était reconnu par de grands artistes tels que Marin Marie avec lequel il a exposé. Il a également présenté ses oeuvres au musée de la Marine à Paris », explique Antoinette.
Antoinette Marie et Valérie

Des aquarelles aux encres, en passant par les huiles : environ 70 tableaux sont présentés à la médiathèque. « Ce sont principalement des peintures marines du Cotentin avec de nombreuses vues saint-vaastaises car c'était le lieu privilégié pour les vacances. Sa dernière exposition avait eu lieu en 1992 à la capitainerie », poursuit Antoinette. «Cette exposition est aussi un moyen de rendre hommage à mon père et à la région qu'il aimait. Mon but ultime est de pouvoir écrire un livre sur mon père et ses oeuvres picturales afin qu'il soit reconnu à sa juste valeur.» 
Ouest-France, mercredi 1er août 2012

Hélène Gestern, Eux sur la photo


Hélène ne connaît pas sa mère, morte alors qu'elle n'était qu'une enfant. D'elle on ne dit jamais rien. A 38 ans, elle se retrouve la fille d'un fantôme qu'elle aimerait comprendre. En débarrassant les affaires de ses parents, elle découvre une coupure de journal. Trois jeunes gens y posent. Deux hommes et une femme, sa mère. Elle lance alors une bouteille à la mer, une annonce dans un journal pour retrouver la famille de l'homme dont le nom est indiqué. Stéphane répond, il s'agit de son père, un homme qu'il a l'impression de ne pas connaitre.
Ensemble ils vont se lancer dans une enquête, pour revivre le passé de ces deux parents, plus de trente ans après les faits...

lundi 12 novembre 2012

Toni Morrison, Home


A 81 ans, Toni Morrison est la grande dame des lettres américaines. Prix Nobel de littérature en1993, elle est l’auteur de dix romans et le seul écrivain afro-américain à avoir été distingué par le jury suédois. Ses livres racontent l’histoire de sa communauté, qu’elle inscrit dans une quête universelle de liberté et de dignité. « Mon univers littéraire ne s’est pas rétréci parce que j’écris du point de vue d’une femme noire. Mon horizon s’est au contraire élargi », aime-t-elle rappeler. 
Pour le comité Nobel, Toni Morrison « reconstitue un aspect essentiel du vécu américain », « à travers ses romans dont les principales caractéristiques sont leur force visionnaire et leur lyrisme ».


Home, son nouvel ouvrage, poursuit et peaufine en 150 pages ce travail de concision charnelle et poétique à travers l'histoire de Frank Money et de sa soeur, prénommée Cee. Frank revient de la guerre de Corée. Brisé, fourbu, tout lui rappelle "un élément chargé de douleur". Le vétéran hanté par l'horreur de la violence se retrouve à Seattle, dans un hôpital psychiatrique qui ressemble à une prison, un mouroir. Dehors comme dedans, l'enfer est partout, la ségrégation raciale a monté d'un cran depuis qu'il est parti se battre comme tout bon Américain, et Frank doit fuir cette ville où l'on tue les vieillards à coups de tuyau avant de leur arracher les yeux. 
Apprenant que Cee sa petite soeur est en danger, il ira donc jusqu'à Lotus, son village natal en Géorgie, pour la sauver.
Mais si le titre de Toni Morrison, Home, laisse entendre un retour possible aux origines, Lotus n'est pas un lieu de paix et de réconciliation familiale mais "le pire endroit du monde, pire que n'importe quel champ de bataille".  
Tony Morrison situe son livre dans les années 1950, un temps de richesse et de prospérité pour l'Amérique blanche, et de misère absolue pour les Noirs. "White only" s'affiche partout dans le pays : transports, travail, meilleurs quartiers pour acheter un bon logement. On tue les Noirs puisqu'ils ne sont que des bêtes de somme. On les enterre vivants, comme dans le tout premier chapitre de "Home" qui relève du cauchemar. Franck et Cee ont assisté en cachette à un assassinat lorsqu'ils étaient enfants et Franck a mis sa main devant les yeux de sa petite soeur... Ils n'oublieront jamais cette scène d'apocalypse.

"Petit" roman (150 pages) qu'on serait tenté de qualifier de nouvelle si sa solide densité n'en faisait absolument un roman, un grand petit roman.
"Home" se lit d'un trait comme un texte simple et à la fois complexe, comme le sont les fables, écrites pour être lues et relues...











mercredi 24 octobre 2012

Caryl Ferey, Mapuche

Jana est Mapuche, fille d'un peuple indigène longtemps tiré à vue dans la pampa argentine. Rescapée de la crise financière de 2001-2002, elle vit maintenant seule à Buenos Aires. Elle a 28 ans, est sculptrice et estime ne plus rien devoir à quiconque.
Ruben Calderon est aussi un rescapé, un des rares subversifs ressorti vivant des geôles clandestines où sont morts son père et sa jeune soeur durant la dictature militaire.
Trente ans ont passé depuis le retour de la démocratie. Détective (politique) pour les "Mère de la Place de Mai", Ruben recherche toujours les enfants de disparus adoptés lors de la dictature militaire et leurs tortionnaires. Rien a priori ne devrait réunir Jana et Ruben, que tout sépare. Mais un cadavre est retrouvé dans le port de La Boca, celui d'un travesti, Luz, qui tapinait sur les docks avec Paula, la seule amie de Jana. Jana demande alors l'aide de Ruben pour  découvrir qui a bien pu s'en prendre à Paula. 

Henning Mankell, Les chaussures italiennes

Fredrik Welin vit seul, reclus sur une île de la Baltique. A soixante-six ans, sans femme ni amis, il a pour seul activité une baignade quotidienne dans un trou de glace. Il a parfois la visite de Janson qui lui amène le courrier... Rares sont les lettres qu'il reçoit. Fredrik s'est isolé du monde suite à un arrêt brutal de sa carrière professionnelle : il était médecin. Que s'est-il passé dans sa vie pour renoncer ainsi à tout contact avec autrui ? Un jour pourtant, sa vie va changer.
Harriet, son amour de jeunesse abandonnée quarante ans plus tôt, brise sa routine. Cette dernière est malade et elle exige qu'il tienne une promesse faite jadis, lui montrer un lac forestier. Fredrik renaît sans vraiment le savoir, et il n'est pas au bout de ses surprises... Un long cheminement l'amène à reconsidérer sa vie, à faire des rencontres et à reprendre goût à ce qu'il avait éloignée, la vie.
Et les sublimes paroles d'Harriet avant de mourir (oui, je pleurais...)
"Je veux te dire ce que tu as peut être déjà deviné. Je n'ai jamais aimé un homme comme je t'ai aimé. C'est pour ça, pour retrouver cet amour là, que je suis venue te chercher. Et pour que tu retrouves la fille que je t'avais enlevée. Mais surtout, plus que tout le reste, je voulais mourir près de l'homme que j'avais aimé. C'est vrai aussi que je n'ai jamais haï un homme autant que je t'ai haï. Mais la haine fait mal, et la douleur, j'en eu déjà plus qu'il ne m'en faut. L'amour donne une fraîcheur, un calme, peut-être même une sécurité, qui rend la rencontre avec la mort moins effrayante."  

Ce roman de Mankell est une pure merveille !

lundi 24 septembre 2012

Olivier Adam, Les lisières


Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre." Ces mots de Verlaine résument avec exactitude la nature du sentiment qui nous attache parfois aux histoires d'un écrivain ; cette certitude, confirmée par la lecture, qu'une oeuvre nous invite, livre après livre, à contempler un motif familier. Encore ? Oui, encore. Hauteur identique d'observation, semblable justesse du propos auquel le style donne sa vérité, mais angle de vue chaque fois différent. Cela pareillement à un peintre. Tel est le sentiment qu'inspirent les romans d'Olivier Adam depuis une décennie. Macha Séry, Le Monde

Que racontent « Les Lisières » ? 
Paul Steiner, écrivain breton neurasthénique, quitté par sa femme, en manque atroce de ses enfants, doit retourner dans sa banlieue d’origine pour veiller sur sa mère qui perd la boule et tenir la maison du père mutique mais agressif. Consterné, Paul revisite ses souvenirs et découvre une photographie lui révélant un secret de famille...

Ce roman est magnifiquement écrit. L’écriture revient sans arrêt sur elle-même, tel ce ressac qui est cher à Paul et sans doute à Olivier Adam... 
Le roman trouve son envol dans le mélange de l’intime et du communautaire, et nous ne pouvons rester indifférents à ces destins défaits. Nous les écoutons en confidence, en lames, voire en larmes de fond. On les prendrait bien dans nos bras ses vieux potes, ses désamours manqués... Je le prendrai bien dans mes bras ce Paul-Olivier... La prouesse réside dans l’alliance du morne, de l’ennui, et l’émergence au fil des pages d’une émotion lancinante, d’un attachement pour ces personnages et assez curieusement pour toi aussi, Paul ou Olivier, je ne sais plus. Les scènes de déchirement familial sont magistrales, et la douleur du narrateur s’agissant d’amours perdues nous roule dans un incessant reflux houleux, dont nous émergeons noyés mais bouleversés.
Le talent d'Olivier Adam, et c’est bien à ceci que nous reconnaissons les grands auteurs, se résume en deux points majeurs : l’écriture déferlante mais endiguée, épouse la forme de ce qui est raconté, et la lecture, longuement ardue, trouve sa récompense sur le dernier tiers du roman. Enfin nous y sommes, enfin nous pleurons. 
Très grand coup de coeur pour ce roman qui m'a profondément bouleversée !


Au fil de ses rencontres avec ses anciennes relations, des lieux qui l'ont forgé, de ce passé qu'il a tenté de tenir à distance, c'est un autoportrait que brosse le héros-narrateur. Celui d'un «être périphérique», né «en bordure du monde», et, pour cette raison, toute sa vie en porte-à-faux, excentré, rejeté, à la fois présent et absent, à l'intérieur et à l'extérieur. Seule l'écriture aura pu le sauver, lui donner une structure et un but, lui permettre d'«habiter le monde». Roman d'une grande ambition, bouleversant par les questions qu'il soulève, Les Lisières est ainsi un livre très singulier, mais aussi éminemment politique. Une vision de l'époque, aiguë et engagée. Michel Abescat - Telerama n° 3267